L’Analyse du Match : Tottenham Hotspur Vs Liverpool FC

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L’Exécution sommaire du Pistolero

el pistolero

 

Des supporteurs exaspérés, des travées clairsemées, des joueurs au ralenti, des olés, vous êtes bien en Angleterre, à White Art Lane. Ce soir, pour le compte de la 16ème journée de Premier League, les Spurs ont encaissé à domicile un cinglant 5/0 face aux Reds de Liverpool. La fine gachette, Luis Suarez, homme du match avec deux buts et deux passes décisives a une nouvelle fois prouvé que son surnom de Pistolero n’était pas usurpé.

Le leader Arsenal défait 6-3 par Manchester City, une victoire permettait aux deux formations de garder un espoir de titre. Symboliquement, cette rencontre apparaissait comme le passage de témoins entre deux équipes aux trajectoires opposées.

 

Tottenham

luka-modric-rafael-van-der-vaart-2010-11-9-17-30-14Avant l’arrivée d’André Villas-Boas, Tottenham flambait. Agréable à voir jouer, les Spurs se sont révélés, emmennés par Lucas Modric et Raphaël Van Der Vaart.

Plein de promesses, les Liliwhites semblaient prêts à passer un cap, néccesaire pour prétendre jouer le titre tous les ans.

Aujourd’hui, bien loin de ces perspectives, le club a perdu son identité de jeu.

Eriksen, Lamela, Chadli, Lennon, Holtby, Sigurdsson, le talent est pourtant là. Mais cet après midi, le milieu de terrain était composé de Sandro, Dembele et Paulinho. Frileux ! Qui plus est à domicile ! Même en Angleterre, pays du combat, la technique prévaut. Arsenal a montré la voie avec une entre-jeu composée de 3 voire de 4 numéros 10.

Remercié par Chelsea le 4 mars 2012 et considéré à tort comme the Spécial two, référence au Spécial One José Mourinho, Villas-Boas a bénéficié d’un beau lot de consolation avec Tottenham. Un présent dont il ne tire pas la quintessence.

Liverpool

Liverpool, l’éternel, tel un phœnix qui renait de ses cendres. Si l’équipe progresse, ces dernières saisons n’ont été qu’une suite de déceptions. (7ème en 2012/2013, 8ème en 2011/2012). Le club baclait ses recrutements à coup de millions.

???????????????????????????Cette saison, il n’a d’ailleurs pas dérogé à la règle avec l’arrivée de joueurs comme Aly Cissokho. Toutefois, il faut lui reconnaître quelques bons coups, tel Victor Moses de Chelsea, Kolo Toure de City ou le gardien de Sunderland Simon Mignolet.

Malgré ces recrues, c’est au Mercato d’hiver dernier qu’il faut trouver le vrai renfort. Une arrivée trop peu mis en exergue, celle d’un numéro 10, le Brésilien Philippe Coutinho. Un joueur dont le profil manquait à cette équipe. Un chef d’orchestre qui distribue des caviars aux attaquants.

Si Coutinho doit progresser, dans la temporisation et l’endurance, il est à Liverpool bien entouré.

Un cran en-dessous, l’expérimenté mais fragile Gerrard, gêné par des pépins physiques est bien supplé par Jonas Henderson. Complet, le milieu sait défendre, construire, centrer. Un joueur précieux.

Le cas Sakho : Liverpool n’en avait pas besoin. Son arrivée n’a fait que semer le trouble dans l’esprit de son entraîneur Brendan Rodgers, l’obligeant à modifier un système en 4/3/3 efficace, pour un 5/3/2 sans vie. Une situation étrange qui a même vu le technitien, titulariser contre Sunderland (5ème journée de Premier League), dans un schéma à 4 défenseurs, 4 centraux de formation. Une catastrophe. Revenu de sa folie passagère, le coach anglais alterne désormais entre Skrtel, Agger, Sakho et Toure.

Ces deux équipes soulèvent le problème de beaucoup d’effectifs anglais : la surpopulation. La gérer, exige de l’entraîneur une autorité et une légitimité naturelle ainsi que la pratique d’un turn-over fluide et efficace.

DE BRUYNEChelsea et Manchester United sont pointés du doigt, eux qui laissent au placard des Ashley Young (6 matchs de championnat cette saison) Wilfried Zaha (2matchs «  »), Kevin De Bruyne ( 2 matchs ‘ » « ) ou autre Mikael Essien (3matchs » « ) ..

Contraint de les garder impliquer, de les titulariser de temps à autre, il est difficile pour un coach de trouver un équilibre et de créer des automatismes.

Certes il y a la possibilité de faire tourner lors des matchs de coupes mais elles sont bien insuffisantes pour calmer l’appétit de joueurs internationaux relégués aux rangs de remplaçant des remplaçants. Les clubs se cachent trop souvent derrière le boxing day pour justifier cet empilement.

En championnat, Tottenham reste sur un nul à domicile 2-2  face à Manchester United et sur deux victoires à l’extérieur contre Fulham (2-1) et Sunderland (2-1). Encore trop peu pour faire oublier le 6-0 encaissé à Manchester City. Un succès permettrait aux Spurs de revenir à la hauteur de Liverpool (30 points). Le club de la Mersey, qui en cas de victoire, pourrait enchaîner un 3ème succès après ses deux matchs à domicile face Norwich (5-1) et West Ham (4-1). Liverpool rejoindrait et dépasserait Chelsea, 2ème (33 points) à la différence de but. (+ 14 pour les Blues, + 16 pour les Reds)

 

Le Match

Au fil de la rencontre, l’attaque composée de Sterling, Coutinho et Suarez a fait des ravages, protégée et régulée par la paire Allen/Henderson.

capoue dawsonHandicapée par les absences de Younes Kaboul, Jan Vertonghen et Danny Rose, la défense des Spurs a composé avec un Kyle Naughton droitier, placé latéral gauche et une charnière Dawson/Capoue expérimentale. Une aubaine pour l’attaque des Reds qui a abusé des passes en profondeur. Luis Suarez, en état de grâce (20 buts en 19 matchs) cette saison a fait valser ses adversaires tout au long du match. Son ouverture du score, fruit d’une belle complicité avec Henderson s’est vu facilité par deux tacles manqués de Dawson et Capoue.

Au milieu, les Spurs n’étaient pas non plus au niveau. A domicile, Tottenham a les moyens et le devoir de faire le jeu. A la mi-temps, la possession de balle était de 60% pour Liverpool.

Quelle idée d’aligner Paulinho dans un rôle de 10 ? Ok, c’est un Brésilien, mais le milieu récupérateur se transforme au mieux, un relayeur. Il a donc fallu attendre la sortie de Sandro (30ème minute) sur blessure pour assister à la rentrée d’un véritable meneur de jeu. Trop tard. Le mal était fait. Liverpool en pleine confiance poursuit sa moisson de buts.

On a vu le président de Tottenham Daniel Levy stoïque. On ne peut que compatir. Même un Lloris irréprochable, auteur d’une double parade exceptionnelle à la 39ème minute, n’a pas pu empêcher l’inévitable : un but d’Henderson, qui concrétisait une belle transversale de Raheem Sterling.

suarez apeLes Reds l’ont joué facile, parfois trop mais comment ne pas être tenté face au niveau des Spurs ? Suarez, apprécié ou détesté est aujourd’hui un ou le meilleur avant-centre du monde. Suspendu 10 matchs pour avoir mordu le défenseur de Chelsea Ivanovic, El Pistolero est revenu avec les crocs. Cette fois c’est le ballon qui prend. Daniel Sturridge pourtant irréprochable a du soucis à se faire. Si les deux attaquants pouvaient évoluer ensemble, on imagine mal Rodgers repasser dans un schéma en 4/4/2. 

Côté Spurs, Seul Nasser Chadli, par sa percussion et Roberto Soldado en bon renard des surfaces (9 buts en 17 matchs cette saison ) ont inquiété Mignolet. Esseulé, l’ancien attaquant de Valence ne pouvait qu’espérer un errement de la défense adverse pour marquer.

Malgré, son manque de réactivité parfois d’aisance technique dans la relance, Mamadou Sakho est l’auteur d’une prestation solide. Il fut même proche d’inscrire le troisième but de son équipe d’une tête sur corner.

A 2/0 le break est fait. Le scénario du match ne laissait entrevoir que peu d’espoir aux Spurs. Seul un penalty, une erreur d’arbitrage ou une expulsion pouvait relancer ce match. On y était presque lorsque  profitant d’une erreur de Mignolet, Soldado poussait la balle au fond des filets. L’arbitre refusa le but, reprochant à l’Espagnol une poussette sur le gardien des Reds. Pas de scandale.

jermaine defoeMalgré l’écart de niveau entre les deux équipes, le match fut plaisant et la qualité de jeu au rendez-vous..

A la mi-temps Withe Art Lane sifflait son équipe. Comme un symbole, André Villas-Boas fit entrer un défenseur, Fryers, un gaucher à la place de Naughton.

Tout le monde attendait du cran et l’attaquant Jermaine Defoe (9 buts en 18 matchs cette saison).

En seconde période, la pluie fit son apparition et avec la fatigue les espaces se libéraient. Contraint de réagir, mais en manque d’inspiration, les Spurs se lancèrent à l’abordage.Un manque de coordination, de l’individualisme, les Londoniens s’énervaient. Quant aux Reds, ils reculaient, attendant des contres qui n’ont pas tardé à se présenter.

A l’heure de jeu, on se dit qu’un renfort au milieu ferait du bien côté Liverpool. Paulinho régla le problème en écopant d’un rouge pour avoir laissé traîner le pied sur le torse de Suarez. Liverpool enfonça le clou. Le 3ème but fut magnifique, digne d’un jeu vidéo. Bien servi en profondeur à la limite du hors jeu, Henderson, décala Suarez d’une talonnade ,centre pour Flanagan, reprise de volée, barre rentrante ! 

Les 15 dernières minutes ressemblaient à un chemin de croix pour les Spurs. Le public quittait déjà les travées. On n’entendait que les supporteurs de Liverpool. Une ambiance à la fois triste et magique. Suarez, l’homme du match inscrit son deuxième but. Bien servi par Luis Alberto (entrée à la 79ème), l’attaquant lobba Lloris à l’entrée de la surface. Son 17ème but en 11 matchs de championnat. Les tribunes continuèrent de se vider. Fait rare Outre Manche.

4/0 puis 5/0 ! Ce fut tour de Sterling. Bien servi par Suarez, le petit Anglais fixa Lloris pour placer un plat du pied droit. Imparable. C’est la fin du match !

villas-boas_1887328cQue dire ? Liverpool se relance et occupe la deuxième place du classement. Désormais, les Reds doivent enchaîner et confirmer.

Quand à Tottenham, un changement d’entraîneur est une possibilité qui pourrait rapidement se transformer en nécessité.

Note : Ce jour André Villas-Boas est limogé