Coupe du Monde 2014 : Le Bilan

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Jacques Attali : « Je plains cette nation qui a gaspillé une fortune pour organiser le spectacle de son humiliation »

On retiendra de cette coupe du monde, la victoire finale de l’Allemagne, la première depuis la réunification en 1990. On n’oubliera pas non plus le fiasco de la Seleçao, défaite successivement 7/1 par les champions du monde allemands et 3/0 par les Néerlandais dans la petite finale.

Que reste-t-il de la magie brésilienne, du « Jogabonito », dans un pays où les joueurs émigrent pour la plupart en Europe ?
Dans ce mondial, a évolué une Seleçao sans âme, sans style et sans défense que certains jugent comme la pire sélection de son histoire. Un constat sévère puisque cette équipe compte tout de même quelques talents comme Neymar, Oscar, Willian, Thiago Silva voire Ramires… Alors certes, on est loin des Leonidas, Pelé, Didi, Vavà, Romario, Ronaldo, Ronaldinho et consort. L’explication de ces défaites ne relève pas que du sportif. Le facteur psychologique a bien sûr joué. Difficile d’être footballeur lorsqu’on doit se muer en super héros, agent de l’Etat, réparateur de l’histoire, dans un pays qui ne souhaite plus rêver mais avancer, se structurer, se pérenniser.

 

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06-dfEKNfd-810x540Je n’ai rien contre une coupe du monde au Brésil mais pas comme ça. Amoureux du football, cette compétition organisée sous fond de contestations sociales manquait de romantisme.

Alors oui, il y a eu des buts, des scores fleuves mais je n’arrivais pas à m’enthousiasmer. Si on constate un resserrement entre l’ensemble des équipes, mondialisation oblige, le niveau global a baissé.

1497000_3_4a5a_michel-platini-le-22-mars-2013-a-paris_93e70d4c927f36daa97718af8de6ddc4Sur le plan social, je me suis offusqué des propos du président de l’UEFA (Union Européenne des Associations de Football) Michel Platini demandant à la contestation sociale d’attendre la fin de la Coupe du Monde pour reprendre ses actions.

Désabusé par la construction de stades couteux qui ne serviront plus après la compétition. C’est le contribuable devra en payer l’entretien. Désenchanté par une musique officielle du plus mauvais goût qui me ferait presque regretter le Waka Waka de Shakira.

o-BRESIL-ALL5c85-0a38cSur le plan sportif, je me suis désolé du manque de rigueur défensive de certaines équipes, ayant permis à l’ensemble des gardiens de s’assurer de juteux contrats post Coupe du monde. Froissé par un arbitrage parfois scandaleux.

Désolé de l’absence quasi-totale de gestes techniques, grigri et coups francs directs. (J’ai vu celui de David Luiz !)
Attristé par l’absence de Ronaldinho, qui aurait pu apporter un peu de créativité à une équipe en manque d’inspiration. Lassé par la comparaison récurrente Neymar/Pelé, deux joueurs qui ne jouent pas au même poste et n’ont pas les mêmes qualités.

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Saluons le succès allemand. La Mannschaft se présentait pour cette compétition avec des absents de marque comme Reus, Gündogan voire Mario Gomez, blessé une bonne partie de la saison. Cette équipe est montée en puissance. Evoluant lors de la première partie de compétition sans arrières latéraux de métier, les Allemands ont replacé le capitaine Philipp Lahm au milieu du terrain. En revanche pour surprendre la France, il a repris son poste d’arrière latéral droit.


Joachim LowTirons un coup de chapeau au sélectionneur Joachim Low. Il a su mettre en place une équipe solide et séduisante, tout en faisant jouer la concurrence. Sur le groupe des 23 sélectionnés, seul 3 joueurs de champs n’ont pas disputé la moindre rencontre.

Encensons ce modèle allemand. Ces dernières années, il a su changer et s’imposer comme une référence en Europe. Sur 23 joueurs, 16 évoluent dans leur pays.

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Célébrons Miroslav Klose qui est arrivé au crépuscule d’une carrière bien remplie. Avec 16 buts, il a battu le record de réalisations en Coupe du monde que détenait Ronaldo.
Applaudissons l’intelligent Tomas Müller : il gagnerait tout de même en sympathie s’il arrêtait ses simulations. Le jeune bavarois aurait surement mérité le titre de meilleur joueur du mondial au détriment de Lionel Messi.

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L’Equipe de France était à son niveau. On regrettera tout de même et malgré une bonne entame de compétition, sa non capacité à se sublimer, se dépasser.


tweet-zlatan-matuidiCette critique s’adresse à tout le monde sauf à Blaise Matuidi. Il ne cesse de surprendre malgré quelques carences techniques. Positionné plus haut que son traditionnel rôle de sentinelle, il intègre progressivement les aptitudes du milieu relayeur. Si je doute de sa totale conversion, son attitude est irréprochable.


Un Matuidi haut et un Cabaye un peu trop bas. Il manquait quelqu’un dans la zone dédiée au numéro 10, capable de temporiser, éliminer et réaliser le geste juste ou prendre sa chance des 20 mètres. Karim Benzema aurait pu tenir ce rôle mais il ne l’a pas fait.

Du coup, inverser le milieu à trois aurait été judicieux, permettant à chacun de jouer dans un registre collant à ses aptitudes : Matuidi en 6, Pogba et Cabaye en 8, ce dernier étant capable de se transformer en 10 lorsqu’on a le ballon.
Derrière, notre charnière centrale jeune et talentueuse a montré ses limites. Rappelons que Varane et Sakho ne sont pas titulaires dans leur club.


joie-france-karim-benzema-15-06-2014-france---honduras-coupe-du-monde-2014---20140616092044-1438Enfin devant, comment ne pas être déçu par Karim Benzema. Cette Coupe du monde devait être la sienne. Avec un bilan de 3 buts lors des 2 premiers matchs on pouvait espérer mieux.

Trop irrégulier, le Madrilène aurait pu ou du endosser ce rôle de leader et profiter de l’absence de Ribery pour se déplacer sur le côté gauche et percuter. Tant pis.

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On pourrait parler de beaucoup de choses encore. Des chevauchées de Robben, du changement de gardien effectué par Luis Van Gaal, le sélectionneur néerlandais, avant la séance de Tirs au but face au Costa Rica. Il démontre l’exigence et la minutie du football.


james-rodriguez-brille-de-mille-feux_133097Je me suis régalé devant la reprise de James Rodriguez contre l’Uruguay en huitième de finale.

Ce n’est pas tant sa frappe mais son regard avant de réceptionner le ballon, enchainé par un contrôle orienté de toute beauté.

Les Colombiens ont fait une belle Coupe du monde. Privés de Falcao, ils se sont concentrés autour d’un Mario Yepes increvable et des talentueux Rodriguez et Cuadrado.

On aurait pu bavarder autour des équipes africaines. Dans leur ensemble, elles déçoivent une nouvelle fois. Les Ivoiriens emmenée par un duo Toure/Drogba refusant de jouer ensemble, ne pouvait pas espérer grand-chose.

L’Algérie aura passé le premier tour, pour la première fois de son histoire. On déplore tout de même un début de compétition diesel. Avec des milieux talentueux comme Taïder, Feghouli, Brahimi ou Bentaleb, on a presque des regrets.

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Julio César, gardien du modeste club de Toronto n’a pas démérité. Quant à David Luiz, remplaçant à Chelsea, il a fait honneur à son statut. Plus sérieusement, on a observé le manque de complémentarité dans la charnière centrale Luiz/Silva.


Au milieu de terrain, on regrette l’association de deux sentinelles. Il aurait été plus sympa de glisser Hernanes ou Ramires à côté de Fernandinho, Gustavo ou Paulinho. On regrettera aussi l’absence d’un 10 fiable, capable de prendre le jeu à son compte.

FOOTBALL : Bresil vs Serbie - Match amical - 06/06/2014Vous vous attendez à ce que je parle du numéro 9, je vais le faire. Oui, il n’y avait pas Ronaldo devant mais il est trop facile et non objectif de prendre Fred comme bouc-émissaire.

Son bilan en sélection est honorable : 18 buts en 39 capes. Avec son club de Fluminense, il a inscrit 122 buts en 197 matchs.


Difficile de jouer 9 lorsqu’on est épaulé de deux ailiers qui portent beaucoup le ballon, rentrent dans l’axe et ne centrent presque jamais. Difficile de jouer dans l’axe lorsque son meneur de jeu se situe aussi loin de soi. Dans cette configuration, seul un 9 et demi aurait pu se « débrouiller ».

Comme en 1950, le Brésil cherche un coupable. Les joueurs sont responsables de cette humiliation mais tout connaisseur sait que ce Brésil aussi faible soit-il, ne jouait pas à son niveau. Cette débâcle n’est pas simplement due à la pression sportive. Les tensions politique et populaire ont été déterminantes.

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Après la défaite en demi-finale, la présidente Dilma Roussef suppliait ses compatriotes de ne pas se laisser abattre.

Pourquoi le Football a tant d’importance au Brésil ?

Importé par les Anglais, et d’abord propriété des riches et de la population blanche, il fut un des premiers vecteurs d’égalité dans un pays indépendant depuis 1825 et qui a aboli l’esclavage en 1888.

Si on cherchait un autre rôle bénéfique tenu par le football, le succès de Pelé lors de la Coupe du monde 1958 en Suède déclencha une petite évolution des pensées. Nommé ministre des sports par Fernando Henrique Cardoso en 1995, Pelé fut le premier Noir à accéder à un tel statut. Autre fait marquant, l’activisme de Socrates avec les Corinthians de Sao Paulo. Il lutta pour l’instauration de la démocratie dans les années 80.

imagesCeci dit, tout n’a pas toujours été rose entre le football et le Brésil. Après la défaite de 1950 à domicile face à l’Uruguay en finale de coupe du monde, la presse brésilienne qualifiait la prestation de son équipe de « crime ».

Le Mundo relatait alors l’histoire de Joas da Silva, un homme âgé de 58 ans qui s’écria au moment du coup de sifflet final : « Le Brésil est mort ! ». Il succomba lui-même.

A cette époque, on cherchait aussi des bouc-émissaires : Dieu, la fédération brésilienne, un joueur uruguayen (qui aurait été en vérité argentin), ou le gardien brésilien Barbosa Nascimento Moacir. C’est ce dernier cas qui sera retenu.


Il n’avait encaissé que 4 buts depuis le début de la compétition contre 21 marqués par son équipe. Premier gardien noir de la Seleçao, son accusation a permis la résurgence de théories racistes. La fédération brésilienne établit un rapport en 1956 déclarant que « les joueurs de la race nègre perdent une grande partie de leur potentiel dans les compétitions mondiales ».


En 1994, alors qu’on souhaitait présenter Moacir aux nouveaux Auriverde, le sélectionneur Mario Zagallo refusa de le rencontrer, craignant qu’il attire la poisse. Disparu en 2000, le paria déclara sur son lit de mort « Au Brésil, la peine maximale est de trente ans. Moi, voilà cinquante ans que je paie pour un crime que je n’ai pas commis ».

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En 2014 le Brésil a muri, grandi et apparait désormais comme la 6ème puissance économique mondiale. Toutefois, le pays souffre de profondes inégalités sociales, héritées de la société esclavagiste et mercantiliste. Dans les années 1900, la part des revenus détenue par le cinquième de la population la plus pauvre était trente fois moindre que celle dont jouissait le cinquième le plus riche.

Si le football est souvent cité comme un sport populaire, la majorité des Brésiliens n’a plus les moyens de se rendre dans les stades.
Malgré cela, le gouvernement a pensé qu’une victoire en Coupe du monde pourrait doper le moral du peuple tout en accentuant son prestige. C’est une arme à double tranchant car le Brésil se retrouve aujourd’hui avec ses dépenses et sa défaite. Une débâcle qui pourrait se ressentir sur l’économie du pays.

Selon le site les Echos : « les pronostics sur l’économie brésilienne ne sont pas roses. La défaite de mardi risque de précipiter la confiance des consommateurs et des producteurs, qui avaient atteint en juin leurs plus bas niveaux depuis 2009. »

8155A36A61C294D1DB9BBC169F6CBA_h450_w598_m2_q90_cGguGMXnuSi, suite à la défaite, les troubles ont été moins importants que prévu, les observateurs restent vigilants.

Les manifestations durent depuis un an maintenant et c’est à Sao Paulo que les opposants au mondial étaient les plus virulents. Ils manifestaient contre les dépenses inconsidérées liées à la Coupe du Monde et qui de ce fait, n’étaient consacrées à l’éducation. Ils critiquent aussi l’attitude de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association), une organisation qu’ils jugent illégitime.


Si l’analphabétisme a reculé (65 % de la population âgée de 15 ans et plus déclaraient en 1900 ne savoir ni lire ni écrire contre 56% en 1940 ; 33% en 1970 et 17% en 1996 (37 % en zone rurale)), l’éducation demeure un privilège et reproduit plus qu’elle réduit, les écarts entre les différentes couches sociales.
On constate d’ailleurs une grosse différence entre l’École publique au niveau très bas et qui n’officie parfois que le matin par manque de place et une école privée de très haut niveau.

On comprend donc que le Brésil qui avait entamé la construction de 12 stades soit l’objet de vives critiques. A titre d’exemple, Brasilia vient de construire une enceinte de 72 000 places pour un montant de 400 millions d’euros alors que son club n’évolue ni en première, ni deuxième division et compte une moyenne de 500 supporteurs par match.

Les Brésiliens aiment le football mais souhaiteraient que leur pays sorte du cliché : Football, Samba, Femmes. D’autres aimeraient que l’on parle du peuple aborigène. A quelques mètres du Maracaña de Rio se dresse la plus ancienne maison consacrée aux indiens d’Amérique du Sud. Elle risque d’être détruite pour y construire un parking.

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Au Brésil, on dit que le football est roi. En 1970, la dictature de Medici se servait déjà du sport pour contrôler les foules. « Une victoire en Coupe du Monde aiderait à pacifier la population. » avait on confié à Pelé avant la compétition. En 2014, les choses ont changé mais pour les politiques, le ballon rond reste une arme de poids. :

 » Nous avons fait cela avant tout pour les Brésiliens, et les travaux publics lancés pour le tournoi ne repartiront pas dans les valises des touristes. La Coupe dure à peine un mois (12 juin au 13 juillet), mais les bénéfices resteront toute la vie. Nous avons construit, amélioré des aéroports, des ports, des avenues, des ponts, des voies d’accès, des lignes de transport rapides, et nous l’avons fait en premier lieu pour les Brésilien » prétendait Dilma Roussef. En 2011, elle devenait la première femme à accéder à la Présidence du pays.

football_02_temp-1369208189-519c757d-620x348Après la défaite historique 7/1 face à l’Allemagne, des sifflets lui étaient destinés. Elle twittait alors : « Comme tous mes compatriotes, je suis très, très triste aujourd’hui. » Contestée, Roussef espérait par un succès final doper sa popularité. Jusque-là rien de surprenant. Elle a d’ailleurs progressé de 4 points au début de la compétition selon un sondage de la Fohla de Sao Paulo.

Ces mêmes sondages la donne gagnante des futures présidentielles (5 octobre 2014) avec 38% contre 22% pour son rival Aécio Neves du parti social-démocrate. On peut tout de même se demander dans quelle mesure la Coupe du Monde sera un poids pour elle. Si on loue sa bonne gestion politique avec sa lutte contre la corruption, on la critique pour sa gestion économique.

14 milliards de dollars. C’est la somme dépensée pour cette Coupe du Monde, la plus coûteuse de l’histoire. Ajouté à cela la surfacturation de certains travaux, des prix qui augmentent (transport, nourriture), la destruction de favelas (A Rio, 20% des habitants vivent dans une favela, il y en a 900 dans la ville), cela donne la contestation la plus importante de l’histoire du pays.

JOJO

En 2014, la Seleçao évoluait à domicile mais les  pressions sportive, politique et sociale transforment une atmosphère positive en fardeau. Alors que beaucoup parlaient de révolution après l’élimination, on peut être surpris par le calme actuel. Mais jusqu’à quand ? Rappelons que le Brésil accueillera les prochains Jeux Olympiques en 2016.

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